magie et société

Publié le par sarhane

La magie actuelle n’a plus rien à voir avec celle d’antan. Historiquement, le magicien tenait un rôle social et répondait à un besoin reconnu. C’est encore le cas dans certaines sociétés peu touchées par l’industrialisation ou qui ont su préserver leurs propres structures. Le sorcier tribal entretenait la peur du mystère, soulageait les malades, était un relais avec diverses entités, pouvait posséder un pouvoir décisionnel. La sorcière des campagnes ou le rebouteux du coin soignait (soigne encore parfois) les gens et les bêtes, bénissait les récoltes … Il fut un temps ou la société laissait une place, redoutée, convoitée, repoussante parfois aux sorciers. A l’heure actuelle, médecins, politiques, psy tiennent ses rôles rassurant de façon bien plus rationnelle (paraît-il). Quelle place reste t-il aux magistes ? Aucune qui ne soit reconnue d’utilité publique ! L’ésotériste actuel, non plus poussé par la quête d’un bien (ou du mal) social, se réfugie dans un coven pour éviter la solitude ou prend sur lui de vivre dans une optique de développement de soi. Le jeune mage en quête devra donc par lui même faire un tri d’informations des plus accessibles au plus secrètes, puisant à tous les savoir, plongeant dans toutes les croyances, pour se forger une identité propre dans ce flot incroyable de connaissances en décomposition. Quoi qu’il en soit, il sera généralement considéré par ses contemporains au mieux comme un folkloriste attardé, au pire comme un fou.

La magie a t-elle encore un rôle à jouer dans notre société sous sa forme actuelle ? Je ne peux que répondre pour moi. Depuis l’enfance, la magie me fascine, m’appelle, et alors qu’à l’âge presque d’adulte j’accepte de m’y livrer, elle me permet de me réaliser. J’ai pu rencontrer dans ma brève observation du monde ésotérique, d’autres qui ont sentit le même besoin. De tous temps, et malgré les persécutions, la domination des monothéismes, l’avènement d’un monde rationnel et scientifique, il a existé des fraternités et des personnages liés au monde de l’occulte. Doit-on prendre ces individus pour des exceptions, des anachronismes, des malades ? Quant on observe la fascination que ces minorités suscitent, il semble que non. Les sorciers et leurs mystères continuent de faire frémir les foules, les médias, les scénaristes de romans et de série télé alors même qu’ils sont montrés comme des imposteurs, des idiots ou des dingues. Si la sorcellerie n’a aucun pouvoir, pourquoi se maintient elle dans l’ombre ? Peut être parce que le magicien est perçu comme quelqu’un ayant ou (ce qui est bien pire) souhaitant obtenir puissance et pouvoir. Peut être parce que certains phénomènes ne trouvent pas de réponse auprès des politiciens, des psy et des médecins. Peut être parce qu’il y a dans la vision d’un univers dans lequel préexiste de la magie quelque chose de beaucoup plus excitant et poétique - lâchons le mot, sexy - que dans un monde expliqué au seul moyen du hasard et de quelques équations de physiques. Parce que les habitudes, des siècles à adorer un prêtre en jupe couvert du sang d’un taureau et encore d’autres à lorgner avec méfiance la voisine dès fois qu’elle vous jetterais le mauvais œil, ont du mal à s’éteindre dans l’inconscient de l’homme civilisé. Peut être parce que beaucoup voudrais goûter ne serait qu’un jour à l’ivresse d’une bonne vieille décharge de magie brute dans les veines mais n’osent pas se l’avouer. Parce qu’on a besoin de nourrir une paranoïa dans l’ombre, vis à vis d’un type à chapeau pointu dont on se gausse aujourd’hui mais qui pourra toujours servir de bouc émissaire demain.

Quoi qu’il en soit, ils existent et sont même de plus en plus nombreux, les païens. Il en sort de tous les pays, de toutes les cultures, de tous les rang sociaux. Pourquoi ? La lenteur de la science à expliquer le monde a t’elle lassé les contribuables ? A t-on nier trop longtemps quelques choses d’essentiel dans la nature humaine ? Quoi qu’il en soit, il faut remercier les quelques précurseurs (Gardner ou consort) d’avoir ramener au jour une ancienne façon de concevoir le monde. Mais alors même que des mouvements païens bourgeonnent de toutes part, la question de la place d’un magicien dans la société n’est pas posée.

Publié dans fond de besace

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